Discours de Myriam El Khomri sur la remise du rapport de Philip Cordery sur le salaire minimum au sein de l’Union européenne -19 octobre 2016

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Ministre,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,

A mon tour de féliciter Philip Cordery pour son remarquable rapport sur le salaire minimum au sein de l’Union européenne. Rapport qui, j’ose le dire, tombe à point nommé, alors que l’Union européenne s’interroge sur son avenir, a besoin de retrouver du sens et que les effets de la crise financière nous rappellent, comme l’a évoqué à l’instant Harlem Désir, à quel point il est essentiel d’avoir une Europe sociale forte, plus juste et plus respectueuse des droits des travailleurs.

L’introduction d’un salaire minimum pourrait y concourir à plus d’un titre, tant elle serait le levier efficace de cette ambition.

Car, en premier lieu, un salaire minimum au sein de l’Union européenne œuvrerait en faveur de la dignité des travailleurs européens, de tous les travailleurs européens, indépendamment de leur origine. Améliorer le niveau de vie des ménages les plus modestes, venir en aide aux personnes en difficulté sur le marché du travail, construire un espace où la prospérité serait davantage partagée nous semble être au cœur des valeurs de la civilisation européenne.

En deuxième lieu, ce salaire minimum s’imposerait comme la meilleure arme pour lutter contre le dumping social et garantir une concurrence plus loyale et plus équitable dans le domaine social. C’est un sujet qui m’est cher et sur lequel je suis intransigeante car le projet de construction européenne est incompatible avec la notion de dumping social, synonyme de conditions de travail indignes et de régression sociale générale. Nous ne pouvons pas accepter que des entreprises renforcent leur compétitivité en faisant de leurs salariés la variable d’ajustement systématique de leur stratégie.

Enfin, un salaire minimum au niveau européen favoriserait une convergence salariale progressive, contribuant à un développement social et économique équilibré, en premier lieu au sein de la zone euro. L’introduction d’un salaire minimum participerait, en effet, du rééquilibrage de la zone euro que la France appelle de ses vœux et d’un approfondissement de l’Union économique et monétaire. Plus généralement, c’est agir pour que l’Union européenne soit une véritable zone de prospérité partagée. La convergence sociale viendra nourrir en retour la performance économique de l’Union européenne, car progrès économique et progrès social ne s’opposent pas mais se renforcent mutuellement. Permettez-moi de l’affirmer sans hésiter : le salaire minimum et la convergence sociale restent notre horizon inéluctable. Quelle que soit l’échéance, ils s’imposeront comme une évidence irréversible. Parce tel est le sens de l’histoire : l’Allemagne ne l’a-t-elle pas elle-même suivie récemment, avec la mise en place d’un salaire minimum depuis le 1er janvier 2015.
Tout ceci n’a rien d’une utopie irréaliste. Pas plus que ne l’était, au sortir de la 2e Guerre mondiale, l’idée d’une mise en commun des ressources de charbon et d’acier de la France et l’Allemagne dans une organisation ouverte aux autres pays d’Europe. Si la communauté européenne du charbon et de l’acier a vu le jour 6 ans seulement après la fin de la guerre et a posé les bases de l’Union européenne actuelle, c’est bien qu’il n’existe aucun rêve inaccessible lorsque la volonté est au rendez-vous.

Aujourd’hui, le rapport de Philip Cordery nous ouvre des pistes de réflexions éclairantes pour nous aider à envisager la mise en œuvre concrète d’un tel projet et redonner du sens à la dynamique européenne.

Ce rapport prolonge un débat essentiel, davantage qu’il ne le clôt. Plusieurs questions restent évidemment à trancher : mode de fixation du salaire minimum, niveau de ce salaire minimum, indexation mais aussi périmètre pertinent…
Mais nous disposons de tous les éléments nécessaires pour poursuivre cette réflexion et nourrir nos échanges avec les partenaires sociaux sur ce sujet. Car si ces paramètres n’ont rien d’anodin, la philosophie qui les sous-tend, elle, est parfaitement claire. Et elle permet de distinguer deux projets de société bien distincts : l’un qui met en compétition les individus, les entreprises, les pays, tout cela au bénéfice d’une minorité ; et ceux qui au contraire se battent pour donner corps à la notion de progrès. Et je ne parle pas du progrès pour quelques-uns mais bien d’un progrès largement partagé, vecteur d’égalité, de cohésion et de fraternité.

En s’emparant de ce sujet, l’Union européenne renouera avec le fil de son histoire, au service de la concorde entre les peuples qui la composent et de l’émancipation de ses citoyens.

Je vous remercie.

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Remise du rapport sur le salaire minimum européen - 19 octobre 2016