LaborIA - Création d’un centre de ressources et d’expérimentations sur l’intelligence artificielle dans le milieu professionnel

En déplacement au sein de l’institut d’innovation « Matrice » vendredi 19 novembre 2021, Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, a signé une convention avec INRIA (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) pour créer un laboratoire dédié à l’intelligence artificielle. Baptisé « LaborIA » et opéré par Matrice, ce centre de ressources et d’expérimentations aura pour mission de mieux cerner l’intelligence artificielle et ses effets sur le travail, l’emploi, les compétences et le dialogue social afin de faire évoluer les pratiques des entreprises comme l’action publique.

D’après l’OCDE, 32% des emplois sont amenés à être profondément transformés par l’automatisation au cours des vingt prochaines années. Pour accompagner ces transformations et y préparer les entreprises et les salariés, le ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion et l’INRIA s’associent pour créer un centre de ressources et d’expérimentations sur l’intelligence artificielle dans le milieu professionnel.

Baptisé « LaborIA », il permettra de mieux appréhender l’intelligence artificielle et ses effets sur le travail, l’emploi, les compétences et le dialogue social, dans l’objectif de faire évoluer les pratiques des entreprises et l’action publique.

«  Les transformations que connait notre société, comme les transitions numérique et écologique, ont un impact qui s’observe concrètement dans notre vie quotidienne. Le monde du travail ne fait pas exception et cela va s’amplifier dans les prochaines années avec l’essor, par exemple, de l’intelligence artificielle. Elle modifiera profondément la manière de produire, de recruter et même d’organiser le dialogue social. Nous lançons aujourd’hui ce programme de recherche inédit, en partenariat avec Inria et l’Institut Matrice, pour appréhender ces changements et y préparer au mieux les entreprises et les travailleurs  » a déclaré Elisabeth Borne.

Ce déplacement succède au 2e sommet du PMIA (le partenariat mondial pour l’IA ou GPAI en anglais) qui s’est tenu à Paris les 11 et 12 novembre 2021. Le PMIA est l’aboutissement d’une idée développée au sein du G7, sous les présidences canadienne et française. Il a été lancé en 2020 par 15 États membres fondateurs. Il compte aujourd’hui 19 membres : 18 pays et l’Union européenne.
Il permettra de présenter les travaux des groupes de travail du PMIA et d’échanger sur le développement responsable de l’IA. L’un des groupes de travail est consacré à la thématique : « avenir du travail ». Il est affilié au Centre d’expertise du PMIA de Paris, hébergé par Inria. Il mène entre autres des analyses sur la manière dont l’IA affecte et affectera les travailleurs et leur environnement.
La création de « LaborIA » répond aux recommandations du groupe de travail du PMIA, consacré à l’avenir du travail et entre dans le cadre de la Stratégie nationale pour l’IA.

Le programme « LaborIA » vise ainsi à explorer le rapport des entreprises et des acteurs publics à l’intelligence artificielle, puis, dans un second temps, à déployer des expérimentations concrètes, en situation de travail, sur différentes thématiques : conditions de travail, recrutement, évolution des compétences, dialogue social technologique, etc.

Ce programme vise également à créer un lieu de débats et d’échanges entre tous les acteurs de la société civile, partenaires sociaux et décideurs publics.

D’une durée de cinq ans, ce programme est financé par le ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. Opéré par Matrice, il s’organisera de la manière suivante :
- Construction d’un baromètre sur l’intelligence artificielle au travail sur la base d’une enquête réalisée auprès d’entreprises entre novembre 2021 et avril 2022, afin de faire le point sur le déploiement de ces nouvelles technologies dans le monde du travail et de leur impact sur les entreprises et les travailleurs.

- Formalisation avec les entreprises de projets concrets mobilisant l’intelligence artificielle en parallèle de l’enquête.

- Lancement des expérimentations dès septembre 2022. D’une durée de six mois, elles permettront de faire des recommandations pouvant être étendues à d’autres entreprises.


Les enjeux de l’IA sur l’emploi et les compétences

Le développement de l’intelligence artificielle entraîne l’automatisation d’un grand nombre de tâches et avec elle, la modification de la majorité des métiers et des organisations.
Cette transition technologique importante pourrait ainsi impacter la majorité des actifs et en particulier les populations les plus fragiles, concernées par les métiers dont les tâches seraient automatisables.
En tout état de cause, l’IA devrait aussi conduire à une nouvelle distribution du travail entre l’homme et la machine, génératrice de nouveaux emplois et sur la base de compétences nouvelles.
C’est la complémentarité hommes-machines qui, selon Cédric Villani, est au cœur des priorités. Cette complémentarité gagnerait à être développée autour de deux idées : elle devrait être saine (notamment au regard des enjeux éthiques) et capacitante pour l’être humain (c’est-à-dire qu’elle doit lui permettre de faire mieux, de se développer et ne pas le mettre dans une posture d’avilissement ou d’asservissement).
En miroir des 4 critères définissant le caractère automatisable d’une tâche, il est possible de définir les compétences à développer pour aller vers une complémentarité capacitante hommes-machines :
• Les capacités cognitives transversales (compréhension du langage, des nombres, capacité de résolution de problèmes, etc.) ;
• Les capacités créatives ;
• Les compétences sociales et situationnelles (travail en équipe, autonomie…) ;
• Les capacités de précision relatives à la perception et à la manipulation (telles que la dextérité manuelle par exemple).

Ces transformations et leurs conséquences doivent être anticipées. Le ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion s’associe à diverses initiatives sur la thématique IA.

Au-delà d’anticiper les conséquences de la diffusion de l’IA dans le monde du travail, les actions, auxquelles l’État prend part, permettent de créer l’émulation des acteurs et de favoriser l’appropriation de cette technologie par les salariés et les entreprises.

D’autres engagements récents du ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion sur la thématique IA :
- L’EDEC « IA Hauts-de-France ». À travers cet engagement de développement de l’emploi et des compétences (EDEC), une mise en réseau des entreprises a été favorisée. Une cité de l’IA a été créée. Ce hub, destiné à développer les synergies et les coopérations sur la thématique IA, propose à ses adhérents et partenaires un lieu, un réseau et des services.
L’événement de clôture de l’EDEC IA Hauts-de-France a eu lieu le 9 septembre 2021. Un effet de levier sur le territoire des Hauts-de-France est espéré par les différents acteurs pilotes du projet.
Site internet dédié à l’intelligence artificielle pour les acteurs des Hauts-de-France : www.iahdf.org
- L’EDEC Perspectives IA signé en novembre 2019, pour une durée de deux ans, avec la Coalition Numérique Française en faveur des compétences du numérique, animée par le Medef. Il s’agit d’un « do tank », structuré autour d’un consortium d’acteurs économiques et sociaux, facilitant la coopération inter-acteurs, afin de proposer des solutions pour une meilleure adéquation des compétences numériques au marché du travail.
Un site internet, « perspectives IA » a été créé afin de rassembler l’ensemble des éléments produits dans le cadre de l’EDEC.