24 juillet 2012
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N° 128 - Revue TRAVAIL et EMPLOI octobre-décembre 2011

La « drôle de crise » de la CFE-CGC : hésitations stratégiques et distorsions organisationnelles d’un syndicalisme catégoriel

Élodie Béthoux, Guillaume Desage, Arnaud Mias, Jérôme Pélisse

Retraçant les évolutions de la CFE-CGC depuis une quinzaine d’années et fondé sur une enquête articulant données quantitatives sur les participants au congrès de 2010 de la confédération, observations dans diverses structures et entretiens auprès de militants, l’article interroge les raisons des hésitations stratégiques répétées des dirigeants de cette organisation pour faire face aux problèmes qu’elle rencontre. Cette « drôle de crise » reflète une difficulté croissante à structurer une représentation homogène d’un groupe social, les cadres et encadrants, par nature hétérogène. L’article montre comment les transformations sociodémographiques de l’encadrement, qui ne se réduisent pas à une banalisation du groupe cadres, exercent des effets contrastés sur les structures organisationnelles et induisent des perceptions contradictoires des évolutions du contexte, dont l’acuité problématique pour la CFE-CGC se renforce avec la mise en œuvre progressive de la loi d’août 2008 sur la représentativité syndicale. L’incapacité à dépasser ces clivages internes s’expliquerait par le maintien d’un syndicalisme particulièrement centré sur la section d’entreprise, confinant à un corporatisme d’entreprise dans les bastions syndicaux, et alimentant une forme de pléistocratie interne qui limite la portée du rôle des structures confédérales et interprofessionnelles.

Mots clés : CFE-CG , syndicat , cadres, corporatisme, pléistocratie

The “phoney crisis” of the CFE-CGC : strategic hesitations and organizational distortions of a managers’ and executives’ trade union

Élodie Béthoux, Guillaume Desage, Arnaud Mias, Jérôme Pélisse

Reflecting changes in the CFE-CGC for 15 years, the article examines the reasons for its leaders’ repeated strategic hesitations to face its decline. This “phoney crisis” reflects an increasing difficulty in structuring a homogeneous representation of a social group, the management group, which is inherently heterogeneous. Based on a survey articulating quantitative data on participants in the 2010 congress of the Confederation, observations in different structures and interviews with militants, the article examines how sociodemographic changes of management have contrasting effects on organizational structures and lead to conflicting perceptions of the changing context. The inability to overcome these internal cleavages can be explained by the maintenance of a focus on enterprise-based unions, bordering on an enterprise corporatism in union strongholds, which limits the role of confederal structures.

Keywords : CFE-CGC, trade union, management, corporatism

JEL classification : J51

Travail dans le public et le privé : une intensification parallèle

Danièle Guillemot

Le statut a-t-il protégé les fonctionnaires de l’intensification du travail observée à la fin du siècle dernier ? Quels effets a pu avoir l’importation dans l’administration publique de méthodes de gestion issues du privé ? En s’appuyant sur les enquêtes Conditions de travail de la Dares, l’auteure examine l’évolution depuis le milieu des années 1980 des contraintes du travail ressenties par des salariés du public et du privé exerçant des mêmes fonctions ou métiers, comme les employés administratifs, les professionnels de la santé, de la sécurité et les enseignants. Par cette approche descriptive, l’article cherche à préciser les résultats des comparaisons globales entre les secteurs public et privé, qui peuvent masquer des différences propres à l’activité, mais aussi à généraliser des observations issues de nombreux travaux monographiques. Au sein de chacun des métiers examinés, l’augmentation de la pression sur le travail ressentie par les salariés apparaît d’une ampleur comparable, qu’ils soient agents de la fonction publique ou qu’ils travaillent dans le privé, même si on peut observer certaines petites différences.

Mots-clés : secteur public, secteur privé, comparaison, organisation du travail, intensification du travail

Public and private sectors : a parallel process of work intensification

Danièle Guillemot

Has the status of civil servants protected them from the process of work intensification observed at the end of the last century ? What has been the impact of the implementation of private sector’s management strategies in the public sector ? Using data from the French “Working Conditions” surveys, we look into the evolution of work constraints since the mid-80s, from the point of view of both public and private sectors’ employees with similar positions, especially of those working in administration, health, security and education. This descriptive approach allows us to specify the results of global comparisons between the public and private sectors – that could conceal differences between occupations – but also to generalize the results of numerous monographic studies. Within every profession we studied, the increase of work pressure experienced by the employees seems as significant in the public sector as in the private sector, even though we can observe some small differences.

Keyword : public sector, private sector, comparison, work organization, work intensification

JEL classification : L29, L32, J81

Fonctionnaires et contractuels en ascension : les conseillers financiers et les recompositions de la mobilité à La Poste

Nadège Vezinat

La Poste a historiquement été un lieu de promotion sociale, qui a permis aux classes populaires de pénétrer l’univers de la fonction publique au moment où elle était encore une administration d’État. Les transformations organisationnelles récentes qui l’ont affectée l’ont fait sortir de la fonction publique et ont entraîné une déstabilisation du statut d’emploi dominant par l’arrivée massive de contractuels, notamment sur le métier de conseiller financier. Le groupe professionnel des conseillers financiers de la Poste se caractérise par une proportion non négligeable, même parmi les contractuels, de promus internes. Questionner le phénomène de promotion professionnelle au sein de l’entreprise permet dans cet article d’identifier les recompositions qui relèvent du statut d’emploi d’un métier à part au sein de l’organisation mais aussi des mobilités sociales rattachées aux trajectoires de chacun.

Mots-clés : trajectoire professionnelle, reproduction sociale, origine sociale, mobilité, conseiller financier, banque

Civil servants and contract employees up the professional and social ladder : account managers and changing patterns of mobility in the French Post office

Nadège Vezinat

Over the years, the French Post office has been considered as a place for social promotion. This old state administration has always allowed the access of lower classes to civil servants’ jobs. But new organizational transformations such as the recruitment of contract employees has destabilized the status of employment. Studying the account managers as an occupational group is a good way to discover how these changes have been implemented. As we examine the process of internal promotion for both civil servants and contract employees, we can observe fundamental changes not only in terms of organization but also evolutions due to each account manager’s social and professional trajectory.

Keywords : professional trajectories, social reproduction, social origins, mobility, account managers, bank

JEL classification : J62, L22, L32

La régulation du temps de travail en Grande-Bretagne : à la croisée des changements politiques nationaux et de l’influence de l’Union européenne

Dionyssis G. Dimitrakopoulos

Plusieurs disciplines peuvent éclairer les déterminants des modèles nationaux de régulation du temps de travail. L’analyse des tendances à l’œuvre en la matière met généralement en évidence plusieurs facteurs socio-économiques. La pertinence des facteurs politiques est souvent associée à l’action combinée des politiques des partis et des institutions de protection sociale, se traduisant par des « mondes » du temps de travail divergents : sociaux-démocrates, libéraux et démocrates-chrétiens. Cet article analyse le cas du Royaume-Uni, souvent présenté comme un des modèles du capitalisme libéral, et démontre que des gouvernements reposant sur des partis différents – et les politiques qu’ils portent – peuvent s’accompagner de variations au sein d’un modèle donné de capitalisme ou d’un « monde du temps de travail ». A cela s’ajoute un facteur important souvent sous-estimé : le rôle des syndicats.

Mots-clés : Grande-Bretagne, politique de l’emploi, durée du travail, parti politique, syndicat, Union européenne

The regulation of working time in Britain : between political change and the European Union

Dionyssis G. Dimitrakopoulos

Working time patterns are multi-faceted and more than one discipline can shed light on their determinants. Existing explanations of trends in working time highlight several socio-economic factors, while the relevance of political factors has been associated with the combination of party policies and welfare institutions that lead to diverging Social Democratic, Liberal, and Christian Democratic « worlds » of work time. This article examines the case of the UK and demonstrates that party government – and, through it, democratic politics – can make a difference within a given model of capitalism or « world of working time ». One notable additional characteristic of this case is the role of trade unions.

Keywords : Britain, employment policy, working time, political party, trade-union, European Union.

JEL classification : J58, J81

Des hommes malades du chômage ? Genre et (ré-)assignation identitaire au Royaume-Uni

Tania Angeloff

En Angleterre, au début des années 2000, près de deux millions d’hommes touchent une prestation d’adulte handicapé (contre moins d’un million de femmes). Relevant du dispositif d’Incapacity Benefit, promu au début des années 1980, ils sont administrativement et principalement perçus comme des adultes handicapés, jusqu’à ce que soit lancé, en 2001, un programme de retour à l’emploi, intitulé New Deal For Disabled People. À l’intérieur de l’Agence nationale d’emploi (Jobcentre Plus), des centres de recherche d’emploi (Job Broking Services) leur sont spécifiquement dédiés. À partir d’une enquête réalisée en 2004 dans le nord de l’Angleterre, l’article interroge les questions de réassignation identitaire de ces hommes « malades », très souvent à la suite de ruptures d’emploi, en s’intéressant aux interactions entre des bénéficiaires de l’Incapacity benefit, incités à reprendre un emploi, et des conseillers emplois censés les aider dans cette démarche. Comment une injonction administrative joue-t-elle dans la constitution ou l’aménagement d’une identité sociale ? Les conseillers, en invitant les allocataires à penser à un travail « dans l’idéal » tout en étant « réalistes », édictent l’injonction paradoxale propre au dispositif qui débouche souvent sur des emplois médiocres, voire bénévoles. Les réactions des participants à cette structure révèlent des négociations identitaires variables selon le genre, l’âge et le profil professionnel, mais aussi selon le degré de handicap.

Mots-clés : maladie, handicap, inactivité, chômage, identité, genre, âge

Men sick with unemployment ? Gender and identity (re)assignation in the United-Kingdom

Tania Angeloff

In the early 2000s, nearly two million men – and less than one million women – were eligible for disability benefits in Britain. Initiated at the beginning of the 1980s, the Incapacity Benefit (IB) social welfare system perceived and treated these recipients as « disabled adults ». This continued up until the New Deal for Disabled People program was created in 2001. Within this new « Jobcentre Plus » system, Job Broking Services (JOBS), entirely devoted to help unemployed « disabled adults » find a job, were put in place. Based upon a qualitative survey carried out in Northern England in 2004, this article interrogates the identity shifts of men who very often became « ill » after having been made redundant. It focuses on the interactions between these IB beneficiaries who are encouraged to go back to work and their employment advisers who are supposed to assist them. What role does an administrative request – or demand – play in the construction or shift of social identity ? The advisers invite the beneficiaries to describe their « dream job » all the while instructing them to be « realistic » in their search, thereby producing a « double bind ». Beneficiaries are more often than not offered very bad jobs, and at times voluntary work. The participants’ reactions to JOBS reveal negotiations of identity that depend on gender, age, professional background, and last but not least on the disability itself.

Keywords : illness, disability, inactivity, unemployment, gender, identity, age

JEL classification : J65, J68