Agir contre les discriminations à l’embauche : les entreprises qui s’engagent et les autres

A Radio France, les Entreprises pour la cité, l’AFMD et le ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social ont présenté le « Pacte pour l’égalité de traitement des candidats dans l’accès à l’emploi, quelles que soient leurs origines » et ses signataires. A l’opposé, le ministère pourrait porter le cas de deux employeurs devant le Défenseur des Droits. Mise à jour du 3 avril 2017 : l’enseigne Courtepaille rejoint la liste des signataires.

Au printemps dernier, le ministère lançait la campagne « Les compétences d’abord ». Elle pointait qu’à compétence égale, le nom et l’origine peuvent obliger à envoyer 4 fois plus de CV pour décrocher un entretien. A cette même époque, démarrait discrètement l’enquête de testing d’une quarantaine d’entreprises de plus de 1000 salariés, mené par la DARES et ISM Corum.

Cette enquête visait à vérifier l’égalité de traitement entre des candidats aux noms à consonance « hexagonale » et « maghrébine ». Fin novembre, Myriam El Khomri en dévoilait les résultats. Ils faisaient apparaître une inégalité de traitement selon l’origine présumée des candidats, avec pour 12 des 40 entreprises testées des écarts statistiquement significatifs.

Dépasser les constats

Depuis, le ministère a reçu ces entreprises pour dépasser ce constat et leur demander d’agir contre les discriminations. Toutes les entreprises testées ont été invitées à produire des plans de prévention de la lutte contre les discriminations lors du recrutement. Ils ont été soumis à l’évaluation de l’agence Vigeo Eiris, acteur de référence de la notation en matière de responsabilité sociétale.

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Sur les quarante, l’agence Vigeo Eiris a conclu que deux entreprises, AccorHotels et Courtepaille, n’avaient pas établi de plan d’action suffisant. La situation de ces deux entreprises est préoccupante. Leur testing a conclu clairement à un risque élevé de discriminations. Ensuite, malgré de multiples relances, elles ne sont pas parvenues, à produire un plan d’action satisfaisant pour remédier à leur situation.

L’enseigne Courtepaille rejoint la liste des signataires.
Depuis la révélation des noms de ces entreprises, l’enseigne Courtepaille a soumis un nouveau plan d’action pour lutter contre les discriminations à l’agence Vigeo Eiris. Ses experts ont conclu au caractère probant des mesures présentées. Myriam El Khomri avait annoncé lors de la signature du « Pacte pour l’égalité de traitement des candidats dans l’accès à l’emploi, quelles que soient leurs origines », le 14 mars dernier, à la Maison de la Radio que dans l’éventualité où les entreprises produiraient des éléments nouveaux attestant d’une volonté de changement, elle le ferait savoir publiquement.

Tirer les conséquences face à ces insuffisances

La Ministre du Travail a décidé de porter leur cas à l’attention du Défenseur des Droits. Ce dernier pourra, avec les pouvoirs qui sont les siens, examiner la situation de ces entreprises de manière approfondie et en tirer les conséquences qui s’imposent. Si dans les jours ou les semaines qui suivent, ces entreprises produisent des éléments nouveaux attestant d’un changement de comportement, la Ministre a indiqué qu’elle le ferait savoir publiquement.

La question des discriminations n’est pas une simple faute morale, c’est aussi une absurdité économique, rappelle Myriam El Khomri. D’après France stratégie, si nous mettions fin aux discriminations à l’embauche et dans l’emploi, sur les seuls critères de genre et d’origine, notre économie pourrait générer 150 milliards d’euros supplémentaires en 15 ans.

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4 axes pour agir contre les discriminations
Le Pacte pour l’égalité de traitement des candidats dans l’accès à l’emploi quelles que soient leurs origines réunit ainsi les entreprises autour de 4 axes de travail et une volonté, celle de participer à la promesse d’égalité républicaine.

  • D’abord et dès maintenant, il s’agit de sensibiliser et former les recruteurs, les managers, les salariés et les représentants du personnel aux enjeux de l’égalité de traitement dans l’accès à l’emploi, au cours des actions régulièrement organisées ou, par exemple, à l’aide du guide réalisé par le Défenseur des droits « Recruter avec des outils numériques sans discriminer ».
  • Recruter, c’est aussi élargir la recherche pour diversifier les candidatures reçues. Il s’agit notamment de dépasser les seuls critères de diplômes et de qualifications pour valoriser les compétences. Pour aller plus loin, le Pacte invite les entreprises à impliquer les parties prenantes, des cabinets de recrutement jusqu’aux franchisés, en passant, bien sûr, par les partenaires sociaux.
  • Agir contre les discriminations, c’est ensuite partager les bonnes pratiques. Le dialogue organisé par le ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social représente ainsi une opportunité.
  • Enfin, agir contre les discriminations, c’est le dire. Non pas en communiquant pour l’image, mais pour éviter l’autocensure de candidats aux noms « non-hexagonaux » et, au final, se priver de leur talent.
Avec le soutien de
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